La stèle de Pierre Germain
XVe siècle

 

Une belle stèle de Pierre Germain, important personnage local du début du XVe siècle, est scellée près du chevet. Cette pierre calcaire rectangulaire au fronton triangulaire partiellement brisé, était dressée sur la tombe familiale. Il y a tout lieu de croire que les deux faces de la stèle furent gravées peu après les obsèques de Pierre Germain et que l’on avait prévu à l’avance l’épitaphe de son épouse. On omit d’y graver une date lorsque celle-ci mourut.

La première face montre Pierre Germain en prière, accompagné de ses quatre fils et d’un saint personnage. Tous sont tournés vers la gauche. Agenouillé, mains jointes et levant la tête vers le ciel, Pierre Germain est vêtu d’une ample robe, maintenue à la taille par une ceinture et terminée par un col plat remontant jusqu’au menton . Sa calvitie laisse supposer que cet homme est d’un âge mur.


Saint Etienne premier martyr.

De ses mains part un phylactère sur lequel est inscrit : deus propicius esto in pe(ca)tori . Au-dessus de ce phylactère, on remarque un couperet . Il s’agit sans conteste d’une feuille, instrument utilisé par les bouchers ou charcutiers et qui constitue leur emblème.
Enfin, à l’extrême droite, domine un ecclésiastique vêtu d’une dalmatique . On reconnaît ici saint Etienne (une pierre sur la tête), premier diacre et premier martyr chrétien, saint patron de l’église paroissiale de Brie-Comte-Robert.

Le texte de l’épitaphe se lit comme suit :

  CY GIST HONNORABLE HOM [M] E ET SAIGE
PIERRE GERMAIN . MARCHANT ET
BOURGOIS DE BRAYE CONTE ROBERT QUI
TREPASSA LE DYMENCHE APRES
LA MI AOUST L AN DE GRA[CE] MIL CCCC ET
XIX . DIEU AIT [LAME DE LUY ET] LES FILS
[DU]DIT PIER[RE ET DE MARGUERITE] SA FEM[M]E
[PERRI]NET FR[ANCOIS CHARLES ET GU]ILLOT
 

 

Pierre Germain mourut donc le dimanche après le 15 août 1419, c’est-à-dire le 20 août 1419, le 15 étant un mardi. Ses quatre fils et son épouse sont ici nommés.

Sur l'autre face, Marguerite Germain nous apparaît également sous les traits d’une femme d’âge mûr , agenouillée, mains jointes, vêtue d’une robe simple sans surcot, sans bijoux et coiffée d’une cornette dont l’extrémité retombe le long de son dos. De ses mains jointes par un phylactère, on peut lire : Mater dei memento mei . Derrière elle, viennent ses quatre filles, vêtues et coiffées comme leur mère.

Les cinq femmes sont patronnées par une sainte femme qui soutient une roue à six rayons. Cet instrument de supplice permet de reconnaître sainte Catherine dont la couronne rappelle qu’elle était fille de roi .

 

L’épitaphe de Marguerite Germain est la suivante :

  CY GIST MARGUERITR FEM[M]E DUDIT
PIERRE GERMAIN . LA QUELLE TRESPASSA
LAN DE GRACE MIL QUATRE CENS ET
[blanc] LE [blanc] JOUR DU MOIS [blanc]
[blanc] DIEU EST LAME DELLE ET DE
TOUS LEUR AMIS TRESPASSES AMEN
LES FILLES DE LADITTE MARGUERITE ET DUDIT
PIERRE FURE(N)T HE(N)RIE[TTE LEO]GNARDE ET MARION
 




Sainte Catherine et la roue de son supplice.

Curieusement, si quatre filles sont gravées, trois seulement sont nommées sur cette épitaphe. A cette œuvre d’art funéraire remarquable commandée par un Briard, les archives nous apportent un éclairage et un souffle de vie original. Pierre (II) Germain fut prévôt de Brie-Comte-Robert en 1419. La famille Germain était donc parvenue au plus haut degré de notabilité locale. (J. A.)